Les neiges de l’éternel – Claire Krust

ActuSF, Les trois souhaits, 2015, 344 pages

 

La première phrase :
La lumière blanche d’un jour terne filtrait par la porte entrebâillée.

 

L’histoire :
(résumé de l’éditeur)
Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur.

 

L’opinion de Miss Léo :

 

Ce roman est en quelque sorte l’invité surprise de ma PAL de rentrée. Je l’ai découvert par hasard chez Méli la semaine dernière, et ce qu’elle en disait m’a tout de suite intriguée. Pourquoi ne pas se laisser tenter par ce premier roman français pétri de culture nippone, publié chez un éditeur spécialisé dans les littératures de l’Imaginaire, qui plus est disponible en numérique à un prix plus que raisonnable ?Aussitôt acheté, aussitôt lu ! Et je ne le regrette pas. Je n’irais pas jusqu’à crier au chef d’oeuvre, mais force est de constater que la toute jeune Claire Krust signe avec Les neiges de l’éternel un conte fantastique japonisant de bonne tenue, réservant quelques très bonnes surprises. L’intrigue se déroule en hiver, dans un Japon féodal fantasmé peuplé de Daimyôs, de courtisanes et de fantômes versés dans l’art de la calligraphie. Le lecteur découvre dans un premier temps le personnage de Yuki, alors que celle-ci s’apprête à fuir la riche demeure familiale. La jeune adolescente intrépide et farouchement indépendante se lance dans une quête insensée, sur les traces d’un mystérieux guérisseur dont les potions miraculeuses pourraient contribuer à sauver son frère aîné agonisant, terrassé par les assauts toujours plus violents d’une longue et terrible maladie. Commence alors un long périple à l’issue incertaine, qui verra Yuki croiser la route d’un colporteur, d’une jeune courtisane et d’une famille de guérisseurs, chacune de ces rencontres jouant un rôle important pour la suite du récit.
 
La construction est intéressante, puisque l’on découvre un nouveau point de vue au début de chacune des cinq parties, ce qui nécessite inévitablement une courte phase d’adaptation. J’ai apprécié le fait que la narration ne soit pas linéaire, sautant parfois plusieurs décennies avant de revenir dans le passé/présent. Ce sont plusieurs destinées qui s’entremêlent pour former un tout cohérent, et il appartient au lecteur de reconstituer l’histoire de Yuki et de sa famille au travers des informations distillées par l’auteur. Signalons par ailleurs l’existence d’un personnage pas comme les autres, imprévisible et ambigu à souhait : je veux bien sûr parler du fantôme mélancolique qui hante la demeure du Daimyô, par définition éternel, et par conséquent témoin de l’évolution de sa famille sur plusieurs générations. Il s’agit sans nul doute de la figure la plus marquante de l’oeuvre !
 
J’ai apprécié le calme et la sérénité qui se dégagent de ce roman au ton résolument contemplatif et introspectif. La jeune romancière a de toute évidence souhaité conserver une certaine unité thématique : la neige, la maladie, la mort, le deuil, l’amour et les relations familiales sont omniprésents. Amateurs d’action et de suspense haletant, passez votre chemin ! Tout l’intérêt du travail réalisé par Claire Krust réside dans la construction de personnages intéressants, aux motivations et aux personnalités contrastées, ainsi que dans le soin tout particulier apporté aux détails, qui contribuent à la mise en place d’un contexte crédible et cohérent, où subsiste toutefois une part non négligeable de surnaturel et de merveilleux. Je me suis pour ma part sentie très à l’aise dans cet univers à l’ambiance très miyazakienne !
 
Le style de l’auteur, quoique très correct et très agréable à lire, peut toutefois gagner encore en maturité. J’ai noté quelques maladresses dans les dialogues, parfois un peu naïfs, voire scolaires, et il m’a semblé que l’ensemble manquait un poil de personnalité. Plus embêtant : j’ai relevé quelques fautes atroces, qui m’ont fait dresser les cheveux sur la tête !!!! Exemples : “charriot” (répété à de nombreuses reprises) ; “si tenté qu’elle accepte de trahir” (???????????) ; “cela ne l’aurait pas garanti que le seigneur l’aurait laissé partir” (ouch, mes yeux !!!) ; “jusqu’à ce que mon épouse vive ou meurt”… Peut-être ces erreurs ne figurent-elles pas dans la version papier ?
 
Ce premier roman très prometteur témoigne quoi qu’il en soit d’une belle maîtrise, et représente l’aboutissement d’un projet longuement mûri, issu d’une unique nouvelle rédigée sur les bancs du lycée. Claire Krust se révèle une excellente raconteuse d’histoires, et signe un ouvrage sobre et bien documenté, tout à la fois poétique, distrayant et profondément dépaysant. La jeune femme reconnaît avoir plusieurs projets en préparation, dont je suivrai l’évolution avec intérêt.
 
J’ai maintenant très envie de me replonger dans la “vraie” littérature japonaise, peut-être avec un Tanizaki ou un Inoue.
 
 
Un premier roman original et sans prétention, aux allures de conte fantastique japonais. A découvrir…
 
 
Méli se propose de vous en faire gagner un exemplaire sur son blog : vous avez jusqu’au 15 septembre pour participer au concours !

 

7 thoughts on “Les neiges de l’éternel – Claire Krust

  1. Je trouve ta présentation séduisante, malgré les quelques petites défauts. J'ai téléchargé l'extrait pour voir. Un conte japonais ça fait toujours rêver !

  2. Ecoute, je suis assez tentée mine de rien…Le fantastique japonais me parle beaucoup et m'émeut (enfin le peu que j'en connaisse), et ça me fait un peu penser à Lady Hunt ce que tu en dis en fait, du fantastique sans être haletant, plus de l'ordre de conte et de la poésie que des effets spéciaux…je crois que je vais tenter ma chance chez ta copine 😉

  3. Passionnés des livres, j’aimerais partager ceci avec vous. Il s’agit d’un passage que j’ai particulièrement aimé dans le roman Nauranéüs de la romancière L. A. Griffont

    « Vous ai-je déjà mentionné que j’adorais les livres? Ils sont mes amis, mes compagnons de voyage et mes thérapeutes. Si je me sens triste ou stressée, j’en ouvre un, et voilà que s’amorce une nouvelle aventure. À une époque où la vitesse, le numérique, le virtuel et le texto sont devenus maitres de notre temps, il m’arrive d’être dépassée par la technologie. Ces communications instantanées et ces intrusions en permanence dans mon intimité me rendent nostalgique d’une période que j’ai à peine connue. Un bouquin électronique, c’est pratique, mais un livre aux odeurs d’encre séchée demeure pour moi une richesse inestimable. »

    En passant, super ton blogue.

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