Les frères Karamazov – Fédor Dostoïevski


Titre original : Bratia Karamazovy
Traduction (russe) : André Markowicz
Babel, 2002 (1880), deux tomes de 584 et 791 pages

La première phrase :

Alexéï Fiodorovitch Karamazov était le troisième fils de Fiodor Pavlovitch Karamazov, propriétaire foncier de notre district, qui fut si connu en son temps (et qui, aujourd’hui encore, ne s’est pas entièrement effacé de nos mémoires) en raison de son décès tragique et mystérieux, survenu voici exactement treize ans, décès dont je parlerai en lieu et place.


L’histoire :

Ultime roman de Dostoïevski, Les frères Karamazov raconte (entre autres choses) l’histoire d’un père et de ses fils : Mitia, sauvage et très impulsif ; Ivan, intellectuel, réfléchi et profondément athée ; Aliocha, le petit dernier, pieux et relativement naïf ; sans oublier Smerdiakov, le bâtard misanthrope et austère, employé comme serviteur sur la propriété du père. On suit de nombreuses intrigues parallèles, mais la trame principale repose sur une histoire d’héritage, ainsi que sur une rivalité amoureuse entre le père et l’un de ses fils. Non, je n’en dirai pas plus, inutile d’insister.


L’opinion de Miss Léo :


Pour commencer j’aimerais remercier Stéphanie, ma partenaire de lecture commune, sans qui j’aurais probablement repoussé jusqu’aux calendes grecques la lecture de ce monument littéraire… ce qui aurait été bien dommage ! Nous nous sommes mutuellement motivées, comme en attestent nos échanges enthousiastes et émerveillés durant la grosse semaine qu’a duré cette lecture commune.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de me plonger dans un bon gros pavé russe des familles. Quel bonheur de renouer avec cette littérature que j’aime tant ! Oui, je le clame haut et fort : j’ai trouvé ce roman absolument sublime. Bien sûr, le nombre de pages est important (doux euphémisme), mais n’ayez crainte : ça se lit tout seul. L’écriture est vivante, accessible, parfaitement mise en valeur par la traduction d’André Marcowicz (la plus récente, réputée pour être la plus proche du style Dostoïevski). Le roman est divisé en douze livres, eux-mêmes découpés en chapitres, ce qui permet de fractionner la lecture. Voilà qui devrait rassurer les plus frileux d’entre vous.

Les frères Karamazov, c’est une intrigue formidable, portée par des personnages attachants. Ceux-ci connaîtront tous leur moment de gloire, sous la plume virtuose d’un auteur parfaitement maître de son art. Les (nombreux) personnages secondaires sont très divers et intelligemment introduits ; fait assez rare, on compte même des enfants parmi les protagonistes (j’ai d’ailleurs particulièrement apprécié la partie qui leur est consacrée). La construction de l’oeuvre se révèle quant à elle admirable, les multiples histoires indépendantes finissant par converger. Le récit emprunte des voies très diverses, et culmine dans une longue et magistrale séquence de procès, que j’ai trouvée magnifiquement bien écrite.

Roman tragique et émouvant, Les frères Karamazov n’en demeure pas moins résolument positif, et le ton n’est jamais larmoyant (il y a même un certain humour dans le traitement des personnages et des situations). Au-delà de l’intrigue, le livre se démarque également par la richesse des idées qu’il développe. Dostoïevski s’interroge sur ce que c’est qu’être russe au XIXème siècle. À cet égard, les portraits qu’il dresse ne sont pas forcément flatteurs, mais sonnent toujours très justes. Très moderne, le roman fait la part belle aux digressions métaphysiques, par le biais de discussions ou de monologues. L’auteur traite de religion, d’athéisme, d’éducation, de relations familiales, sans jamais devenir ennuyeux. Bien que le livre possède une forte identité russe, comme c’est généralement le cas chez la plupart des romanciers issus de ce pays si atypique, le propos reste toutefois parfaitement audible et universel, ce qui explique probablement son succès et sa longévité.

Énorme coup de coeur pour ce roman vibrant d’humanité, qui palpite jusqu’aux toutes dernières lignes. J’en redemande !

Mon prochain pavé russe sera probablement Oblomov, de Goncharov, si cher à ma copine Titine.


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Vive la littérature russe !


2 thoughts on “Les frères Karamazov – Fédor Dostoïevski

  1. Quel billet ! Il donne envie de se jeter sur ce roman.
    Je découvre la littérature russe depuis deux ans, et je me régale. Avec Dostoïevski, pour l’instant c’est soit j’adhère complètement, soit je m’ennuie beaucoup. La taille de celui-ci m’effraye, mais si tu dis que ça se lit tout seul… J’ai la version audio en plus, dans la bonne traduction.

    1. Il faut peut-être un peu de temps pour entrer dedans, mais une fois lancée, c’est un vrai régal !

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