Jeu blanc – Richard Wagamese

Titre original : Indian Horse
Traduction (canadien) : Christine Raguet
Editions Zoe, Ecrits d’ailleurs, 2012, 253 pages

La première phrase :

Je m’appelle Saul Indian Horse.


Le résumé de l’éditeur :

Cloîtré dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse a décidé de raconter son histoire : son enfance au cœur du Canada, bercée par les légendes et les traditions ojibwés, rythmée par la récolte du riz et la pêche ; son exil à huit ans avec sa grand-mère, suite à un hiver particulièrement dur ; son adolescence, passée dans un internat où des Blancs se sont efforcés d’effacer en lui toute trace d’indianité. C’est pourtant au cœur de cet enfer que Saul trouve son salut, grâce au hockey sur glace. Joueur surdoué, il entame une carrière parmi les meilleurs du pays. Mais c’est sans compter le racisme qui règne dans le Canada des années 1970, même au sein du sport national.


L’opinion de Miss Léo :


Mon premier Richard Wagamese, et sûrement pas le dernier !

L’auteur canadien d’origine ojibwé signe un roman touchant, tout en pudeur et en rage contenue, d’une grande sobriété dramatique malgré son extrême noirceur. Le récit à la première personne évoque les souvenirs de Saul Indian Horse, arraché très jeune à sa famille ojibwé pour être enfermé dans un pensionnat pour indigènes où il sera brimé, affamé, maltraité. La découverte du hockey sur glace, sport dans lequel il excelle, lui offrira un salut provisoire (le hockey joue un rôle central dans le roman, avec quelques scènes très techniques, qui pourront déstabiliser le lecteur français).

Jeu blanc… Blanc comme la glace… Blanc comme l’envahisseur… Saul Indian Horse se rend bientôt compte qu’il n’a pas sa place dans cet univers, un racisme latent sévissant sur les patinoires comme partout ailleurs en Amérique du Nord. En proie à une mélancolie grandissante, il part à la dérive, et finit par être rattrapé par ses démons. Comment mener une vie normale avec un tel passé ? Des souvenirs refoulés resurgissent, tandis que se pose une insoluble question identitaire : Saul n’est pas blanc, c’est une évidence, mais est-il encore indien ? Sa personnalité s’étant construite sur les vestiges encore fumants de la culture de ses ancêtres, on comprend sans mal sa détresse…

Au travers des expériences traumatisantes vécues par Saul, c’est à la nation ojibwé tout entière que le roman rend hommage. Leur attachement à la nature, leur solidarité, leur mode de vie, leurs croyance, leurs rites ancestraux : tout cela sera méthodiquement, sauvagement et sournoisement balayé par l’homme blanc, dont on sait tout le mal qu’il a fait à la civilisation indienne.

L’histoire cruelle des pensionnats m’a captivée, l’aspect purement sportif m’a intéressée (j’aime le hockey, sans y connaître grand chose), le destin de Saul m’a émue, les descriptions puissamment évocatrices de la nature m’ont plu (bien que ce ne soit pas ce que je retiendrai en priorité de ce roman).

Pour résumer : un beau roman, une histoire poignante et une plume à découvrir sans plus tarder.

 


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