Le bal des folles – Victoria Mas


Albin Michel, 2019, 252 pages

La première phrase :

– Louise. Il est l’heure.


La quatrième de couverture :

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles, d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques. Ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.


L’opinion de Miss Léo :


Je n’aurais probablement jamais lu Le bal des folles si nous n’avions pas décidé de le mettre à l’affiche du prochain Bibliomaniacs. On en a beaucoup parlé cet automne, généralement en bien, mais si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis pleine de préjugés et d’a priori. Je m’attendais donc à ce qu’il soit mauvais… et j’avais raison !

Je suis effarée par la vacuité de ce roman. Le sujet de départ était pourtant intéressant. Paris, le XIXème, Charcot, la Salpêtrière… Bienvenue dans une société patriarcale et terriblement misogyne, qui refuse aux femmes le droit de mener leur vie comme elles l’entendent. Votre épouse vous reproche vos infidélités ? Votre fille est trop intelligente pour son propre bien ? Votre mère vous embarrasse en public ? Vous avez violé votre tante, qui menace de le crier sur tous les toits ? Qu’à cela ne tienne ! Conduisez-la donc à l’asile psychiatrique, où elle sera prise en charge par le professeur Charcot et toute son équipe. Bon, je caricature un peu… mais à peine ! La plupart des internées de la Salpêtrière sont réellement malades (celles qui ne l’étaient pas à leur arrivée le deviennent), et mériteraient de recevoir des soins adéquats. Ces femmes de tous âges et de toutes origines se retrouvent néanmoins enfermées dans un service peu engageant, où l’on fait bien peu de cas de leur humanité. Je dois dire que j’étais très curieuse d’en apprendre davantage sur les conditions d’internement, ainsi que sur ce fameux Bal des Folles, au cours duquel les “patientes” étaient exhibées devant le tout-paris.

Las ! Victoria Mas ne se montre guère inspirée, et enchaîne les lieux communs. Avec une thématique pareille, on était en droit d’attendre de la profondeur et de la subtilité… Espoirs déçus ! La primo-romancière n’a rien à raconter, et se contente de bricoler une intrigue poussive, portée par des personnages inconsistants (auxquels je n’ai pas cru un seul instant). Si vous lisez ce roman en espérant enrichir votre culture personnelle, passez votre chemin : on n’apprend (presque) rien sur Charcot et ses méthodes, et la vie dans l’hôpital est à peine effleurée. Plus gênant : l’ouvrage ne parle PAS du Bal des Folles (ou si peu). La Salpêtrière n’est qu’un prétexte, et je m’attendais à tout sauf à lire l’histoire d’une adolescente qui voit des morts !


Source : GIPHY


Cela ne me gêne pas que le fantastique s’invite dans la littérature blanche, mais l’histoire est ici grotesque et bancale, et l’auteur n’approfondit aucun des deux aspects du récit : ni le côté réaliste, ni le versant surnaturel de l’intrigue ne sont traités de façon satisfaisante. Le thème du spiritisme m’a semblé totalement hors-sujet, ce qui n’était pas le cas dans un roman comme Velvet, de Mary Hooper (pour n’en citer qu’un seul). Le Bal des Folles prétend dénoncer les internements abusifs, mais ne nous voilons pas la face : Eugénie est folle à lier (alors que l’auteur la présente comme une jeune femme brillante et incomprise de sa famille) ! La faiblesse du personnage principal dessert considérablement le propos, et les autres protagonistes ne sont guère plus convaincants.

L’infirmière Geneviève me semblait nettement plus prometteuse, de par ses choix de vie et sa personnalité rugueuse, mais je n’ai pas aimé pas son évolution. La jeune Louise ? Elle est attachante, mais son histoire est cousue de fil blanc… Parmi les internées, seule Thérèse, l’ancienne prostituée, se détache du lot, apportant un peu de consistance à un récit qui en est par ailleurs cruellement dépourvu. Aussi insipide qu’un cordon bleu de la cantine, Le Bal des Folles est un roman qui manque de liant et de cohérence, impression accentuée par le style, très quelconque, pour ne pas dire simpliste. On notera un effort certain pour planter le décor, mais les descriptions du Paris de la Belle-Époque sont très scolaires, et j’ai parfois eu la sensation de lire une rédaction d’élève de 3ème. N’est pas Zola qui veut ! Le roman dans son ensemble est d’ailleurs très (trop) facile à lire. Cela aurait pu donner un bon roman pour adolescents, ce qui ne serait en aucun cas déshonorant (encore faudrait-il qu’il soit vendu comme tel par l’éditeur…).

Oui, Victoria Mas a le mérite de s’intéresser à un thème peu abordé en littérature (bien que La salle de bal d’Anna Hope traite peu ou prou du même sujet), mais ces bonnes intentions ne sont pas suffisantes. Après 250 pages d’enfoncement de portes ouvertes, la fin est tout aussi bâclée que le reste, et je suis ressortie de ma lecture avec le sentiment d’un énorme gâchis. Ne vous y trompez pas : si je suis aussi virulente, c’est parce que je ne comprends pas comment un roman aussi creux et racoleur a pu bénéficier d’autant de critiques élogieuses, sur les blogs et ailleurs.

Une “fille de”, un peu de spiritisme, des personnages grossièrement esquissés, un poil de sexe, un propos vaguement féministe, des expérimentations médicales spectaculaires : la recette d’un succès garanti ??



2 thoughts on “Le bal des folles – Victoria Mas

  1. Le sujet m’intéressait beaucoup et les avis positifs me donnaient envie de le lire. Heureusement que tu es là ! Tu vas m’éviter une lecteur pénible et inintéressante.

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