Dormeurs – Emmanuel Quentin

Le Peuple de Mü, 2015, 300 pages

La première phrase :

Des cris, ce bâtiment en a abrité bien plus qu’on ne saurait l’imaginer.

 

L’histoire :
(résumé de l’éditeur)

 

Dans une société dévastée par une crise économique sans précédent, des « Dormeurs professionnels » ont été sélectionnés pour la richesse structurelle de leurs rêves. Fredric Jahan est l’un d’eux. Les images de son sommeil, enregistrées à l’aide de capteurs nanotechnologiques pour une clientèle fortunée, caracolent en tête des ventes. Mais un jour, ses rêves, trop réalistes, ne s’enregistrent plus…

 

L’opinion de Miss Léo :

 

Je suis très branchée SFFF depuis quelques mois, et je me tourne volontiers vers les petits éditeurs, qui réservent souvent d’excellentes surprises. C’est chez Sandrine que j’ai découvert les romans d’Emmanuel Quentin, publiés par une jeune maison d’édition prometteuse, Le peuple de Mü (si comme moi vous pensez à Tao des Mystérieuses Cités d’Or, c’est que vous êtes probablement né dans les années 70 ^^).

 

J’ai tout de suite adhéré au postulat de départ de Dormeurs. Fredric et ses amis travaillent pour la société Dreamland, fournisseur officiel de rêves d’une société à la dérive. Dormeurs professionnels, ils enregistrent quotidiennement leurs rêves sur une bille amovible ; ceux-ci sont ensuite traités et retouchés par des techniciens, avant d’être commercialisés. On pense évidemment à Total Recall, mais il y a en réalité peu similitudes entre l’oeuvre d’Emmanuel Quentin et celle de Dick ou Verhoeven, en dehors de l’idée initiale. Les consommateurs de rêves ne sont d’ailleurs pas (ou très peu) évoqués ici, le récit se concentrant exclusivement sur les dormeurs et leurs petits tracas.

 

J’ai été très agréablement surprise par ce premier roman, qui s’apparente davantage à un thriller fantastique qu’à de la SF pure. L’univers est particulièrement riche, et l’intrigue énigmatique et divertissante à souhait suscite un réel intérêt. On partage avec plaisir les angoisses et autres interrogations existentielles du héros, balloté au gré de ses rêves à travers des environnements aussi diversement sinistres que la guerre du Vietnam ou les couloirs d’un hôpital psychiatrique. La routine quotidienne dérape lorsque les rêves de Fredric prennent une tonalité trop réaliste, et de plus en plus inquiétante ; des meurtres sont commis, et Fredric se retrouve malgré lui impliqué dans une affaire criminelle glauquissime, à la poursuite d’un mystérieux adversaire fantômatique (je n’en dis pas plus, je n’ai pas envie de spoiler).

 

L’écriture est propre, sans grande originalité, mais la qualité est au rendez-vous, et l’efficacité de la narration rend la lecture très addictive (le récit est parfois interrompu par des extraits d’interviews et d’articles de journaux, ce qui dynamise l’ensemble). Emmanuel Quentin a de l’imagination à revendre, et possède un talent certain pour immerger le lecteur dans un univers crédible, dont la noirceur m’a conquise. Les personnages secondaires sont il est vrai assez creux, mais la personnalité du héros est en revanche très travaillée, et de mon point de vue très convaincante.

 

Pour résumer : beaucoup de qualités à souligner pour ce premier roman, qui souffre néanmoins de certaines imperfections. J’ai quelques reproches à lui faire, qui s’apparentent plutôt à des regrets. Il est par exemple dommage que l’auteur n’explore pas en profondeur la totalité de ses idées. Celles-ci sont généralement excellentes, mais il reste trop de pistes non exploitées, qui ne débouchent sur rien, alors qu’on aurait souhaité en savoir davantage. Emmanuel Quentin aurait pu aller encore plus loin, et développer davantage le contexte (Dreamland, l’exploitation commerciale des rêves, l’impact sur les individus…). Le décor est bien planté, mais insuffisamment utilisé à mon goût (il y avait matière à écrire un roman encore plus fouillé). On reste un peu sur sa faim, malgré le plaisir de lecture immédiat. J’ai par ailleurs été légèrement déçue par le tour que prend l’intrigue sur la fin du roman, qui lorgne plus du côté de Stephen King que de celui de Philip K. Dick. Evidemment, cela n’engage que moi (je ne suis pas très branchée métempsycose) : d’autres y trouveront sûrement leur compte !

 

Je déplore pour finir la présence d’un certain nombre de coquilles dans mon exemplaire numérique : une relecture s’impose…

 

Je chipote, mais j’ai tout de même passé un excellent moment, et je me réjouis de pouvoir lire bientôt le deuxième roman d’Emmanuel Quentin, Où s’imposent les silences, que j’ai d’ores et déjà installé sur ma liseuse.

 

Un premier roman prometteur, quoique pas totalement abouti. 
Lecture plaisante et très addictive !

 

7 thoughts on “Dormeurs – Emmanuel Quentin

  1. Bonjour,

    J'avoue, j'ai une petite préférence pour Stephen King d'où la fin du roman qui lorgne plus de son côté que celui de Dick. Et j'aurai plaisir à discuter du roman avec vous à l'occasion ;)Bonnes lectures à venir !
    Emmanuel

  2. Je crois que si l'auteur avait exploré "en profondeur la totalité de ses idées", le roman aurait compté 1500 pages ! Car en effet, il a de l'imagination à revendre. Peut-être devrait-il s'astreindre à écrire quelques nouvelles, pour être plus concis, mieux cibler l'essentiel de son propos…
    En tout cas, je suis ravie que cette découverte t'ait plu 🙂

  3. je me tourne aussi vers le SF depuis quelque temps mais la "douce" et celle-ci pourrait me convenir, le postulat de départ est en effet très tentant…

  4. je ne connaissais pas ce titre mais l'idée me plaît drôlement! C'est rigolo, sur la photo, on dirait que les fesses de ton chat sont floutées!

  5. sans être comme toi branchée SF, je m'y intéresse de plus en plus ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. Ce roman devrait me convenir!?

  6. L'un dans l'autre c'est un premier roman, donc sans doute y-a-t-il toutes les amorces qu'il réutilisera par la suite, une à une dans d'autres opus. La SFFF Ici c'est le domaine de l'Homme, donc je ne peux pas tellement me prononcer sur le reste 😉

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