La Chica zombie – Laura Fernandez

Titre original : La chica zombie
Traduction (espagnol) : Isabelle Gugnon
Editions Denoël, 2013/2014, 363 pages

 

La première phrase :
Erin Fancher se frotta le nez en observant son reflet dans le miroir, regarda par-dessus son épaule et attendit que la porte des cabinets s’ouvre.

 

L’histoire :

 

Sale semaine pour Erin Fancher. La vie au lycée Robert Mitchum n’est déjà pas facile tous les jours, entre rivalités et pressions sociales en tout genre, mais voici que cette imbécile de Velma Ellis lui colle un 0,5 en grammaire. Maudite remplaçante ! Erin en veut à la Terre entière : ses professeurs, sa meilleure “amie” Shirley Perenchio, ce taré de Billy Servant, sa mère insouciante et totalement inconsciente des angoisses existentielles de sa fille… Nul n’échappe au ressentiment de l’adolescente, qui s’endort avec une grosse boule dans la gorge. Quelle n’est pas sa surprise au réveil, lorsqu’elle découvre son propre corps dans un état de putréfaction avancée : livide et rongée par les asticots, écoeurée par sa propre odeur pestilentielle, elle doit néanmoins se lever et se rendre au lycée, après avoir dissimulé ses chairs en lambeaux sous une épaisse couche de maquillage, et son corps de zombie derrière des vêtements amples et informes. Nul ne semble toutefois s’apercevoir de son état, ce qui ne fait qu’accroître le sentiment de révolte de notre amie Erin, désormais brouillée avec Perenchio.

 

L’opinion de Miss Léo :

 

Difficile d’écrire quelque chose de sensé sur ce roman bancal et très anodin, dont je n’ai pas grand chose à dire, si ce n’est qu’il ne m’a pas convaincue outre mesure. Je l’ai lu sans déplaisir, sans grand enthousiasme non plus, et je suis quelque peu circonspecte quand à son intérêt. Le postulat de départ, très burtonien, était pourtant alléchant : Laura Fernandez intrigue en choisissant comme héroïne une adolescente mal dans sa peau, dont les tourments psychologiques et la colère rentrée se manifestent par une étonnante transformation physique, la jeune fille se retrouvant un beau matin morte et métamorphosée en… zombie (qui pue). Il ne s’agit évidemment que d’un prétexte pour évoquer cet âge ingrat de la vie. Le personnage d’Erin Fancher est (dans son genre) assez réussi. Odieuse et fragile à la fois, le coeur empli de doutes et d’incertitudes, la lycéenne lutte pour trouver sa place au sein de la communauté, et se laisse volontiers manipuler par son “amie” Shirley, prototype de la fille “cool” et écervelée. L’univers scolaire dans lequel évoluent les adolescents est d’une violence et d’une cruauté sans nom, et les quelques “originaux” qui refusent de se fondre dans ce moule médiocre se retrouvent bien vite ostracisés,  à l’image de “ce putain de psychopathe de Billy Servant, en réalité bien plus mature et équilibré que ses camarades obsédés par le sexe et l’apparence physique.
 

Le style est enlevé, très oral, souvent vulgaire, pas déplaisant en soi, hélas bien trop répétitif pour emporter pleinement l’adhésion. Le roman se veut loufoque et décalé, et ne doit donc pas être pris trop au sérieux. Le lycée Robert Mitchum est de toute évidence une caricature, et offre une vision particulièrement trash et glauque de la high-school américaine, entrevue dans de nombreux films ou séries télévisées. Le récit est quant à lui truffé de références au cinéma de Spielberg et Carpenter, et multiplie les allusions à Carrie White, Jamie Lee C., Fox Mulder ou Super Mario (la couverture française ravira d’ailleurs les geeks repentis des années 80). Pop culture et littérature ne font pas toujours bon ménage, et le roman possède de ce point de vue un petit côté moderne et rafraîchissant, ce qui n’est pas pour me déplaire.

 

J’ai toutefois été déçue par la platitude de cette Chica zombie, qui m’a semblé manquer terriblement de profondeur. La plume dynamique de Laura Fernandez ne parvient pas à masquer les faiblesses d’une intrigue décidément bien ténue, qui finit par lasser. Les personnages sont tous superficiels, et s’apparentent la plupart du temps à de grossières caricatures, l’auteur ne parvenant pas à nuancer son propos, lequel offre par ailleurs une vision très réductrice de l’adolescence (ce qui a le don de m’agacer). Non, tous les adolescents ne sont pas des abrutis écervelés et superficiels, et ne passent pas leur vie à sucer (ou se faire sucer) dans les toilettes du lycée. Oui, il est possible de mener une scolarité épanouie, et s’ennuyer en classe n’est pas une fatalité. Les protagonistes du roman ne sont que des stéréotypes, y compris les adultes, désespérément aveugles au mal-être de leur progéniture. Pfffff…La bonne idée initiale n’est pas très bien exploitée, et l’intérêt s’étiole peu à peu : la romancière s’essouffle dans de vaines tentatives d’humour, et les références cinématographiques deviennent trop insistantes et artificielles, perdant par là même toute efficacité. J’ai par ailleurs été totalement déconcertée par l’intrigue secondaire, consacrée à la professeur remplaçante Velma Ellis. Cette dernière est obsédée par le mariage, et voit dans son collègue Sanders, directeur obèse de 42 ans (comme par hasard), sa dernière chance de ne pas finir vieille fille. Leur relation ne tient pas la route, et je n’ai pas du tout aimé les références ridicules à la magie et au Génie d’Aladin, que j’ai trouvées grotesques et sans intérêt (pour ne pas dire franchement hors-sujet). La quête sentimentale de Velma aurait pu offrir un séduisant contrepoint à la crise identitaire d’Erin, mais Laura Fernandez nous perd en accentuant le côté déjanté du personnage, qui alourdit considérablement le roman, et dont les aventures rocambolesques ne m’auront pas arraché le moindre sourire.

 

On est en droit de se demander quel est le public visé par ce texte, qui semble plutôt destiné aux ados/jeunes adultes, mais dont le côté un peu ringard risque néanmoins de déplaire aux lecteurs âgés d’une vingtaine d’années. Les “vieux” adultes regretteront quant à eux le manque de subtilité de la satire sociale proposée par l’auteur, qui semble avoir du mal à se positionner. Pure fantaisie littéraire, ou récit porteur d’un message à caractère sociologique ? La Chica zombie souffre d’un manque de cohérence préjudiciable, et se révèle beaucoup moins déjanté que ce que la quatrième de couverture pouvait laisser entendre. Tout cela demeure très gentillet, et je trouve pour ma part que l’auteur ne va pas assez loin. La critique de la société est certes présente en filigrane (dictature du paraître, poids des conventions sociales), mais de façon trop caricaturale, et la condition de zombie d’Erin m’a semblé totalement sous-exploitée.
 
Je ne recommanderai donc pas la lecture de ce roman, qui m’a laissée de marbre. Je n’irai cependant pas jusqu’à le déconseiller catégoriquement car l’idée de départ reste bonne, et la plume de l’auteur originale. A vous de voir…
 

Un roman terne et très inégal. Franchement bof.

 

Livre chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Denoël.

 

5 thoughts on “La Chica zombie – Laura Fernandez

  1. Eh bien c'est dommage. Je suis 100% pour les zombies et carrément 200% ce qui vient d'Espagne alors a priori, ça m'intéresse. Ceci dit, j'aime aussi que le genre se renouvelle et déteste la vulgarité gratuite…

  2. Je l'ai lu aussi (mais pas encore chroniqué) et j'ai beaucoup aimé ! Je n'ai pas pris le livre trop au sérieux et je me suis bien amusé. J'attendais rien de plus qu'un livre déjanté et c'est ce que j'ai trouvé.

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