Blacksad (T.1 à 3) – Diaz Canales et Guarnido

Scénario : Juan Diaz Canales
Dessin et couleur : Juanjo Guarnido
Dargaud, 2000, 2003, 2005, 48 à 56 pages

 
Tome 1 : Quelque part entre les ombres
Tome 2 : Arctic-Nation
Tome 3 : Âme Rouge
 

La première phrase :
Il y a des matins où l’on a du mal à digérer son petit déjeuner… Surtout si on se retrouve devant le cadavre d’un ancien amour…

 

L’histoire :
John Blacksad est détective privé. Solitaire et désabusé, il enquête au péril de sa vie sur le meurtre de son ancien grand amour, la célèbre actrice Natalia Wilford.

 

L’opinion de Miss Léo :

 

J’ai toujours un temps de retard en matière de bandes dessinées. Déjà parce que je n’y connais rien (je découvre généralement les séries populaires par hasard, des années après leur sortie). Et aussi parce que je demeure totalement hermétique à certains auteurs, notamment lorsque la beauté des dessins peine à dissimuler l’indigence et la puérilité du scénario. Il m’arrive cependant d’avoir la main heureuse, comme ce fut le cas avec les dix tomes de la génialissime De cape et de crocs, ou plus récemment avec Amours fragiles, dont j’ignorais l’existence il y a encore six mois.Prise d’une impulsion subite, j’ai donc décidé de me lancer dans la lecture des trois premiers tomes de Blacksad, contribution de mon cher F. à notre bibliothèque commune. Ce dernier m’avait depuis longtemps conseillé cette série, estimant (à juste titre) qu’elle pourrait me plaire. J’ai bien fait d’écouter ses recommandations, puisque j’ai totalement adhéré aux aventures rythmées de ce Philip Marlowe version féline, lequel traîne ses fêlures et ses papattes de gros matou solitaire et désabusé le long des artères d’une vaste et violente métropole américaine (New York ?).
 
Les intrigues des trois tomes sont indépendantes, mais chacune d’entre elles s’articule autour d’un sujet de société clairement identifié, contribuant ainsi à l’élaboration progressive d’un panorama assez réaliste de l’Amérique des années 50. Sont ainsi passés au crible du regard un brin cynique de John Blacksad des fléaux tels que la corruption, le racisme et la ségrégation ou encore le maccarthysme et la Guerre Froide, qui servent de cadre au troisième opus. La série rend hommage au roman noir façon Dashiell Hammett (qui fut l’un des auteurs phares de mon adolescence), dont elle reprend les codes, les clichés narratifs ainsi que la figure traditionnelle du privé. Si le premier volume demeure assez classique, les deux suivants me paraissent en revanche plus originaux, et bénéficient d’une trame narrative plus aboutie, réservant quelques beaux moments d’émotion.
 
Les dessins sont superbes, et surtout parfaitement à mon goût. Il s’en dégage une impression de mouvement et de vivacité, sans doute accentuée par le dynamisme du découpage, qui se révèle la plupart du temps très cinématographique. Le texte est quant à lui agréable à lire et très référencé, les auteurs (tous deux espagnols) empruntant de nombreuses tournures de phrase à l’univers des romans et films noirs de la grande époque. Les amateurs du genre apprécieront ces clins d’oeil, qui génèrent inévitablement une certaine mélancolie, et allègent quelque peu une intrigue par ailleurs très sombre.
 
Les personnages sont bien croqués, à commencer par le héros, sensible et malmené par des enquêtes difficiles, qui l’amènent à côtoyer la lie du monde animal. Les autres protagonistes sont tout aussi convaincants, bien que les portraits d’animaux anthropomorphes ne soient généralement pas ma tasse de thé. On peut d’ailleurs se demander quelles sont les motivations des auteurs : dans quelles circonstances ceux-ci ont-ils décidé de remplacer les humains par des bêtes, et pourquoi ? Ce choix graphique apporte-t-il une réelle plus value à l’ouvrage ? Blacksad aurait-elle été fondamentalement différente sans ce parti pris originel ? La race traduit ici le caractère et la fonction de chaque personnage, qu’il soit malfrat, policier ou simple quidam, et force est de constater que les choix sont dans l’ensemble assez judicieux. Mention spéciale à Weekly, la fouine journaliste (sic) !
 
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que je passe un agréable moment en compagnie de ces créatures profondément romanesques, dont les aventures à l’ambiance soigneusement travaillée raviront à n’en pas douter un large public. Je recommande vivement cette série, et j’espère de mon côté pouvoir lire rapidement les quatrième et cinquième tomes.
 
Un bel hommage au roman noir américain. A découvrir !

 

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Nouvelle participation à mon challenge Le mélange des genres, catégorie BD. Il ne s’agit que de mon deuxième billet, mais j’ai plusieurs chroniques en attente !

 

18 thoughts on “Blacksad (T.1 à 3) – Diaz Canales et Guarnido

  1. Moi aussi, j'aime beaucoup cette série ! Il me semble que je n'ai lu que les deux premiers opus. J'aime bien le mélange des animaux et de l'aspect roman noir.

    1. PS : Je viens de revoir la tête de ton chat : mais il se prend pour blacksad !!!!! Je plaisante, il a des pattes et une tête très mignons !

  2. C'Est bien hein! Moi, ce sont les angles de vue qui me font tripper. Et la façon qu'on les dessins de faire passer un message hyper fort.

  3. Une de mes préférées ! De cape et de crocs… Blacksad… et Magasin Général… C'est mon trio gagnant !

  4. Je ne connais pas, mais j'ai toujours eu très envie de la lire cette série, et là, je vais vite le faire !

  5. Je suis autant à la ramasse que toi au niveau BD ! Je pense que je vais me régaler avec celle-ci, je vais guetter son retour dans ma bibliothèque !

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